Plusieurs critères définissent une
addiction à des substances licites ou illicites ou à des comportements. Moyen
mnémotechnique simple pour le comprendre, “ 5 C sur douze mois ” :
Si on cumule chacun de ces “ C ”
pendant au moins un an, on est en situation d’addiction.
Plutôt que d’addiction aux écrans, qui
sont des matrices intermédiaires, il vaut mieux parler des usages problématiques
du smartphone, de la tablette ou de l’ordinateur. Les personnes viennent
consulter pour leur addiction à la sexualité en ligne, aux paris sportifs, aux
jeux vidéo, aux réseaux sociaux, pour des achats compulsifs...
Nous avons quatre circuits cérébraux
qui fonctionnent étroitement entre eux au cours de nos activités de base :
manger, boire, avoir des rapports sexuels, aimer quelqu’un, acheter, jouer. Le
premier circuit est celui de la récompense. Quelque chose d’animal du genre “
j’ai faim, je mange ! ” Mais nous ne sommes pas des animaux, il y a un second
circuit qui est celui de la mémoire et de l’apprentissage qui nous permet de
nous adapter depuis que nous sommes petits. Le troisième circuit est celui de
la motivation qui nous permet de changer notre comportement. Le dernier circuit
qui contrôle tout est appelé le circuit de contrôle justement.
En situation physiologique, une fois
notre comportement achevé, les quatre circuits se mettent au repos. Dans le
cadre de l’addiction, les quatre circuits ne fonctionnent plus ensemble. Seules
la récompense et la mémoire/apprentissage fonctionnent ensemble. Le circuit de
la motivation ne marche plus, donc perte de motivation et le circuit de
contrôle non plus donc perte de contrôle ! L’addiction est une maladie
chronique, une maladie de la récompense, de la motivation, de la prise de
décision, des émotions.
Pour les enfants comme pour les
adultes, l’exposition à des contenus pornographiques et violents peut être
délétère. Beaucoup de sites emploient des stratégies de captation de
l'attention des enfants. Des biais cognitifs sont utilisés pour enfermer les
enfants sur leurs écrans, les contrôler, les réengager.
Par ailleurs, il existe des risques de
douleurs du cou, des poignets, du dos, des pouces, de la fatigue visuelle, de
la myopie comportementale, de maux de tête, des troubles du sommeil, de
troubles du comportement alimentaire, comme le grignotage, entrainant du
surpoids. La sédentarité est de mise et entraine des complications. Comme le
souligne le rapport de la
commission d'experts sur l'impact de l'exposition des jeunes aux écrans,
récemment remis au président de la République, les écrans ne sont pas à
l'origine de troubles du neurodéveloppement, mais il convient de rester
vigilant pour éviter l'amplification de symptômes. L’usage des écrans
n’entraine pas non plus de dépression et de troubles anxieux sauf s’il existe
une vulnérabilité sous-jacente.
Chez l’adulte, il y a plusieurs pistes
:
Il faut modifier progressivement son
usage de smartphone, l’idée n’est pas de le couper complètement, ni de
faire une detox digitale brutale.
Fixez-vous des objectifs quand vous
utilisez votre smartphone. Par exemple, programmez son usage à certaines
heures de la journée, récompensez-vous avec, en vous accordant une certaine
durée d’utilisation une fois que vous avez terminé un devoir, un travail ou une
corvée. Éteignez votre téléphone ou mettez-le en mode avion à certains moments
de la journée. Ne prenez pas systématiquement votre smartphone au lit. Préférez
un livre papier ou un autre moyen de vous relaxer.
Éteignez votre smartphone la
nuit pour le recharger. Substituez l’usage de votre smartphone par
d’autres activités. Ayez un programme pour combler le temps habituellement
dédié à votre smartphone : méditer, lire un livre ou discuter avec des
amis en personne.
En tant qu’adulte, c’est à nous de
montrer l’exemple à nos enfants.