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La sieste, vestige de notre rythme de sommeil ancestral ?

  • Longtemps, nous nous sommes couchés de bonne heure, mais surtout plusieurs fois par jour. Le sommeil d’une traite, dit monophasique (c’est le soir, nous nous endormons et pouf, c’est le matin), semble être, à l’échelle de l’humanité, une invention récente. Il daterait de la révolution industrielle, avec la lumière artificielle dans les villes qui aurait permis d’allonger les journées de travail à l’usine, et donc retardé l’heure du coucher. Une phrase qui reste au conditionnel car les études sont rares et divergent sur la pratique du sommeil polyphasique (découpé en plusieurs phases) selon les continents et les cultures.
    Une chose est sûre, les mammifères, dans une écrasante majorité, dorment plusieurs fois en vingt-quatre heures. Et même ceux qui sont diurnes s’accordent une ou plusieurs siestes.
    Le neurobiologiste Michel Jouvet, pionnier de la médecine du sommeil, a mis en évidence les variations en fonction des espèces animales. Les prédateurs ont un sommeil plus profond que leurs proies, qui fractionnent davantage et peuvent se réveiller plus facilement pour échapper à un danger. C’est ainsi que l’on retrouve des chevaux qui dorment debout, des oiseaux qui sommeillent en volant, des dauphins qui dorment en nageant.
    Et l’homme ? Comme le rappellent les docteurs Magali Sallansonnet-Froment et Thierry de Greslan, dans La Mini-Sieste (Rustica éditions, 2017), Homo erectus a choisi de quitter les arbres pour dormir sur le sol, s’exposant ainsi aux prédateurs et devenant le “ singe ” ayant la plus courte durée de sommeil.
    Plusieurs phases de sommeil
    Pour la suite, il faut s’appuyer sur le travail de Roger Ekirch, enseignant à l’université Virginia Tech, aux Etats-Unis. Dans son livre, paru en France en janvier 2021, aux éditions Amsterdam, La Grande Transformation du sommeil, il montre que le sommeil a longtemps été découpé en deux phases. On trouve des références à un “ premier somme ” et à un “ second somme ” au Moyen Age, mais aussi chez Erasme, Plutarque ou dans l’Odyssée d’Homère.
    Voilà comment cela se passait : les gens se couchaient peu après le soleil, vers 21 heures ou 22 heures, pour se réveiller après minuit et vaquer à leurs occupations une heure ou deux, avant de se rendormir jusqu’au matin. Pendant ce moment de veille, ils pouvaient méditer, se laver, avoir des relations intimes ou surveiller les bêtes.
    Quant à la sieste, les pratiques sont encore plus floues. Elle est mentionnée dès l’Antiquité sous forme de pause méridienne, courante au fil des siècles chez les paysans ou en Espagne (sieste est d’ailleurs dérivée de siesta en espagnol, qui lui-même découle du latin sexta, en référence à la sixième heure du jour, soit midi). En France, alors qu’elle est mal vue par les médecins et par l’Eglise durant les XVIIIe et XIXe siècles, c’est paradoxalement sous Louis XV qu’est inventée la méridienne pour se reposer, dont le nom vient du latin meridies, midi.
    Quelle que soit l’image sociale que revêt la sieste, le corps parle pour nous. À travers sa température, reflet de notre horloge biologique. Celle-ci diminue au début de la nuit, favorisant ainsi l’endormissement, mais aussi en début d’après-midi. La fameuse somnolence d’après-repas a en fait moins à voir avec le déjeuner qu’avec la température de notre corps et de notre cerveau, qui se refroidissent d’un ou deux dixièmes de degrés, diminuant notre vigilance et notre tonus musculaire.
    Ce petit creux dans la courbe de température se décale légèrement, de 13 heures à 14 heures selon qu’on est plus ou moins matinal, mais survient de toute façon. Si vous piquez du nez sur votre ordinateur après la pause de midi, cessez donc de blâmer la cantine. Blâmez plutôt Homo erectus.

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